L’Armée de l’Air et les PAN
En exclusivité et avec l'aimable autorisation du Président de la commission Sigma de l'Association Aéronautique et Astronautique de France
Compte rendu de l’entretien accordé par le Général LENE à
la Commission SIGMA de la 3AF
Par Paul KUENTZMANN
CONTEXTE
L’entretien accordé le 18 mai 2010 par le Général LENE,
Commandant adjoint du CDAOA (Commandement de la
Défense Aérienne et des Opérations Aériennes), à la Cité de
l’Air (Paris), fait suite à une demande exprimée par le président
de la Commission SIGMA de la 3AF, Alain BOUDIER, auprès du
Général PALOMEROS, Chef d’Etat Major de l’Armée de l’Air.
Le Général PALOMEROS ayant donné son accord de principe
à un tel entretien, la Commission SIGMA a établi une liste de
questions et l’a adressée à l’Armée de l’Air, afin que cette dernière
puisse préparer ses réponses. Compte tenu des hautes
responsabilités du Général PALOMEROS et du Général
DESCLAUX (Commandant du CDAOA) et de leur faible disponibilité,
c’est le Général LENE qui a été chargé de recevoir la
Commission SIGMA de la 3AF.

De gauche à droite : Lieutenant-colonel Denis PARPAILLON,
Colonel Jean-Luc CROCHARD, Paul KUENTZMANN, Général
de Brigade Michel LENE, Alain BOUDIER, Jean GRESLE
(Copyright SIRPA AIR)
Ont assisté à cet entretien :
– Pour l’Armée de l’Air :
• Le Général LENE ;
• Le Lieutenant-Colonel PARPAILLON et les Colonels
CROCHARD et SCHROTTENLOHER ;
Le Commandant SOLANO (Chef du Département Médias au
SIRPA Air) ;
• Le Lieutenant DUMOULIN (pseudo)
– Pour la Commission SIGMA :
• Alain BOUDIER, président de la Commission ;
• Jean-Gabriel GRESLE, membre de la Commission ;
• Paul KUENTZMANN, vice-président de la 3AF, membre de la
Commission.
L’accueil par le Général LENE, au nom des Généraux PALOMEROS et DESCLAUX, a été à la hauteur de la réputation de l’Armée de l’Air. Alain BOUDIER a répondu que le président de la 3AF, Michel SCHELLER, était très sensible au rapprochement s’opérant entre Armée de l’Air et 3AF et a remercié le Général LENE pour cet entretien privilégié sur un sujet si « particulier », en soulignant que c’était la première fois qu’une Armée de l’Air d’une puissance « majeure » accordait un tel privilège à une société savante.
Il a été convenu que :
– les discussions seraient enregistrées ;
– la Commission SIGMA établirait un premier compte rendu ;
– ce compte rendu serait adressé à l’Armée de l’Air pour
accord ou modification ;
– un article serait ensuite préparé pour La Lettre 3AF,
selon les mêmes principes, et que 200 exemplaires de
cette Lettre seraient adressés à l’Armée de l’Air.
De gauche à droite : Paul KUENTZMANN, Jean GRESLE,
Général de Brigade Michel LENE (Copyright SIRPA AIR )
Le Général de brigade aérienne Michel LENE est Chef de l’état-major du Commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes.
QUESTIONS ET REPONSES
Les questions préparées par la Commission SIGMA sont rappelées;
la réponse du Général LENE est ensuite donnée, ainsi
que des compléments de la part des adjoints du Général.
Question 1 : « En 1970, un de vos grands anciens, le Général
Lionel CHASSIN, déclarait concernant la question des
OVNIs : « Il y a un problème, il faut l’étudier ». 40 ans après,
où en est l’Armée de l’Air sur le sujet ? »
Réponse 1 : l’Armée de l’Air n’est pas seule à étudier le phénomène,
elle a un protocole (d’accord) avec le GEPAN6 depuis
octobre 1979, qui a été réactualisé en septembre 2007.
Dans ce cadre, elle participe à la remontée de l’information.
Question 2 : « Des mesures ont été prises dans un passé
récent, nous faisons référence notamment au questionnaire
pour les pilotes de chasse relatif aux observations en vol.
D’autres mesures sont-elles en cours de préparation pour
l’avenir ? ».
Réponse 2 : Un questionnaire a été mis en place en janvier 2007, il est similaire à celui d’Air France. A la question de la Commission SIGMA qui souhaiterait pouvoir comparer les questionnaires militaire et civil et donc avoir communication du questionnaire militaire, il est répondu qu’il faut d’abord vérifier si la classification du questionnaire le permet (action Armée de l’Air). Il a été également question de MIAM (Memento Informatique Aéronautique Militaire) de la DIRCAM (Direction de la Circulation Aérienne Militaire) qui précise la marche à suivre en cas d’observation inhabituelle.
Question 3 : « Depuis la mise en place en octobre 2007 du questionnaire, combien de réponses avez-vous obtenu ? ».
Réponse 3 : Il y a eu à peu près 150 sondages, une seule réponse a évoqué un PAN : un pilote d’hélicoptère a observé une tâche lumineuse à la base d’un nuage.
Question 4 : « Dans le cadre de vos réunions de groupe de travail relatives à la défense aérienne européenne, cette question a-t-elle été abordée par le passé ? Dans le cas négatif, auriez-vous l’intention d’inclure cette question à l’ordre du jour d’une de vos prochaines réunions de ce groupe soit en bilatéral UK, soit en multilatéral ? »
Réponse 4 : Ni l’UE, ni le Groupe Aérien Européen, ni l’OTAN
n’ont abordé cette question. Le sujet n’est pas non plus à l’ordre
du jour pour la coopération franco britannique ou avec
d’autres pays, car il existe des dossiers plus structurants
(dossiers transfrontaliers en particulier). Les britanniques ont
fermé le service PAN du MoD et il serait paradoxal qu’ils s’intéressent
à nouveau aux PANs.
Question 5 : « Dans le cas possible de la reconnaissance du
phénomène par une puissance « majeure7 », disposez-vous
déjà d’un communiqué de presse immédiatement disponible
pour les médias nationaux et internationaux ? ».
Réponse 5 : Si une telle reconnaissance était effective la réponse viendrait des instances gouvernementales et non de l’Armée de l’Air. Il n’existe pas de communiqué de presse qui soit prêt et pas d’urgence à en préparer un. Encore une fois, l’Armée de l’Air n’est qu’un partenaire d’un dispositif plus général.
Question 6 « GRAVES8 a-t-il enregistré des anomalies de trajectographie
depuis sa mise en service ? Existe-t-il une zone
d’altitude et de vitesse laissée sans surveillance ? ».
Réponse 6 : Le principe de fonctionnement et d’exploitation
des signaux de GRAVES n’autorise pas la détection de trajectoires
inusitées.
La question a été étendue à la détection aérienne et il a été
fait référence à la visite de quatre membres de la Commission
SIGMA au Mont Verdun. La réponse est la suivante : l’Armée
de l’Air surveille les tranches où il existe une menace identifiée
et l’effort principal est mis sur les niveaux correspondants ; le
fonctionnement du système, qui possède certaines limitations
technologiques, est optimisé en fonction d’une analyse des
menaces. Les PANs ne sont pas considérés comme des
menaces et ne font donc pas l’objet d’une surveillance spécifique. L’apparition de nouveaux aéronefs (par exemple pour le
tourisme spatial), ainsi que le progrès des matériels, pourraient
déboucher sur une surveillance plus étendue.
Question 7 « Il est programmé que notre futur commandement
spatial verra le jour fin juin/début juillet 2010 ».
Réponse 7 : Le commandement spatial interarmées sera
effectif le 1er juillet 2010, son responsable sera le Général
ARNAUD. Il sera le principal conseiller des autorités pour le
spatial mais n’aura pas de lien direct avec le GEIPAN.
Question 8 : « Dans le cadre de la chaîne hiérarchique de
remontrée de l’information, pourriez-vous nous préciser le
cheminement de cette remontée au sein de l’Armée de l’Air ».
Réponse 8 : La remontée est claire, l’Armée de l’Air ne travaille
pas seule. Le CNOA9 peut transmettre des dossiers au
GEIPAN, il peut aussi intervenir à la demande du GEIPAN, partant
d’une observation de la gendarmerie, pour fournir d’éventuels
relevés radar.
Question 9 : « Sur les 20 dernières années, il existe 2 cas sortant
de l’ordinaire où l’Armée de l’Air a été directement impliquée.
Celui de la soirée du 5 novembre 1990 sur la diagonale
Biarritz-Strasbourg, l’autre cas est celui de la BA118 du
21 juin 2000 ».
Réponse 9 : Pour le cas du 21 juin 2000 et après enquête,
il n’y a pas eu d’activité anormale à Mont de Marsan. Pour le
cas du 5 novembre, il y a eu de nombreux témoignages et de
nombreux procès verbaux de gendarmerie mais aucun engagement
direct de la Défense Aérienne ; il a peut-être existé un
dossier mais il est introuvable.
A la question posée par la Commission SIGMA d’une possible
interview des pilotes appartenant à l’escadron ayant été
témoin du phénomène, la réponse est double :
Le Journal de Marche de l’escadron doit pouvoir être retrouvé
mais il est classifié ; sa consultation ne peut donc être faite
qu’après déclassification par le CEMAA10.
L’événement datant de 20 ans, il est possible que certains
pilotes aient quitté l’Armée de l’Air et il n’est pas dans les attributions
de l’Armée de l’Air de fournir des informations personnelles
sur eux.
Il est donc demandé à la Commission SIGMA de préciser
sa demande : quels documents sont à consulter, quel
usage sera fait des informations collectées.
Question 10 : « D’une manière générale, qu’attendezvous
de la future coopération entre l’AA et la 3AF ? ».
Réponse 10 : L’Armée de l’Air est constituée de passionnés
de la troisième dimension, elle est intéressée
par la rencontre d’autres passionnés.
La commission SIGMA invite les représentants de
l’Armée de l’Air à participer aux activités des commissions
techniques de la 3AF.
Question 11 et 12 : « Y a-t-il une question que vous auriez
souhaité vous voir poser ? Quels conseils pourriez-vous
nous proposer dans le cadre de nos travaux de
recherche sur les PAN ? »
Réponses 11 et 12 : L’ensemble des questions prévues
a été balayé. Le caractère technique a été peu présent
au cours de la discussion. La Commission SIGMA en
convient en mentionnant deux choses troublantes pour
nos connaissances scientifiques et techniques : d’une
part, l’observation de vols stationnaires ou accélérés
sans éjection apparente de matière ; d’autre part, le
caractère peu « inertiel » de certaines évolutions.
CONCLUSION
La Commission SIGMA exprime sa vive reconnaissance
au Général LENE et à ses collaborateurs pour le temps
consacré à cet entretien. Le Général LENE rappelle en
conclusion qu’il n’y a pas d’un côté les citoyens et de l’autre
côté l’Armée de l’Air et que tous travaillent en symbiose
; il attache une grande importance à la remontée
de l’information et, dans cet esprit, la démarche GEIPAN
est un témoignage de l’aisance avec laquelle circulent
aujourd’hui les informations. Pour l’Armée de l’Air, les
priorités demeureront toujours les menaces les mieux
identifiées.
Paul KUENTZMANN,
Vice-Président de la 3AF
9. CNOA : Centre National des Opérations Aériennes
10. CEMAA : Chef d’Etat Major de l’Armée de l’Air
Lettre N°9 - 2010 :
Editorial
Rapport d'Etape - Introduction - La situation actuelle en France
LE BILAN DE SIGMA
Implications militaires du phénomène des OVNI
LES CAS FRANÇAIS LES PLUS SIGNIFICATIFS
CONCLUSIONS PROVISOIRES
Articles complémentaires:
