GEPAN, recherche officielle OVNI: de qui C.E.M.O.C-t-on?
En 1954 en France, se produit une vague sans précédent de manifestations d’engins volants d’origines inconnues. C’est au cabinet de Pierre Mendès France, l’équivalent du 1er ministre actuel, en présence du Ministre de la Défense Nationale et aux Forces Armées ainsi que des secrétaires d'Etat à la Guerre, à la Marine et à l'Air qu’est créée la première commission d’étude secrète sur les OVNIs : la CEMOC (Commission d’Etude des Mystérieux Objets Célestes)*. Son existence sera rendue publique au Journal Officiel du 12 janvier 1955.
Pourtant en décembre 1955, la CEMOC est officiellement déclarée «en sommeil » par le Responsable de l’Etat Major de l’Armée de l’Air.
Vingt ans plus tard, une seconde vague de manifestations OVNI a lieu en France, et le Ministre de la Défense Robert Galley doit admettre, devant les média, l'intérêt scientifique de la question.
En réponse, le 1er mai 1977, le CNES (Centre National d’Etudes Spatiales) annonce officiellement la création du GEPAN (Groupe d’Etude des Phénomènes Aérospatiaux Non identifiés) afin d'étudier prioritairement les phénomènes aérospatiaux que ses experts ne sont pas parvenus à identifier.
Près de Trente cinq plus tard, le GEPAN existe toujours sous l’acronyme GEIPAN (Groupe d’Etude et d’Information sur les Phénomènes Aérospatiaux Non identifiés). Il a subi de nombreuses transformations. Outre les changements de sigle, son budget, son personnel, et ses moyens ont tous été revus à la baisse. Une réduction paradoxale à l’importance scientifique de l’étude qui lui est confiée, aux interrogations auxquelles le grand public demande à l'Etat de répondre et à la valorisation de l’image du CNES que le traitement du sujet ovni entraîne. En termes de consultation, le GEIPAN catapulte littéralement le nombre des visites du site internet du CNES à des niveaux jamais atteints jusqu’alors.
Pourtant, le GEIPAN n’a pas encore donné satisfaction aux citoyens français, ni répondu à leurs interrogations. Il n’a pas encore présenté d’explication acceptable aux incessantes manifestations d'origines inconnues et cela malgré la très grande unicité de nombreux témoignages, de la Bretagne à la Corse ainsi que dans les Dom Tom. Des témoignages pourtant strictement superposables à ceux recueillis par les chercheurs de Chine, d’Amérique, d’Afrique ou d’Australie.
Tant et si bien que le GEIPAN, qui en 1978, invitait les ufologues français à la collaboration et au partage de leurs dossiers, se retrouve à présent sur le banc des accusés, soupçonné d’incompétence, ou pire, de mauvaise foi. Désormais, les ufologues français, affranchis aux manipulations des cinq dernières décennies par les agences gouvernementales d’outre atlantique sur le sujet ovni, examinent à la loupe les actions du GEIPAN. Ils n’hésitent plus à dénoncer le moindre de ses faux pas. Et ils n’y vont pas de main morte. Les reproches sont tous argumentés, exemples à l’appui. Ils démontrent rigoureusement la légèreté des enquêtes et pire, l’absence d’enquête sur le terrain dans la majorité des cas. D'après eux, le GEIPAN n’hésite pas à attribuer des explications aux apparences scientifiquement correctes, sans aucun lien avec les circonstances, ni avec les témoignages**. Sous cet angle, les pratiques du GEIPAN prennent une allure bien moins scientifique, plutôt irrationnelle et parfaitement déloyale tant elles sont contrastées avec les déclarations citoyennes auxquels les témoins s'obligent dans les gendarmeries, prenant le risque d'être perçus comme des illuminés.
A ce stade, réexaminer de près les missions du GEIPAN devient incontournable. Cela permet de constater qu'elles ont peu de choses à voir avec la recherche fondamentale sur la nature et l’origine des ovnis… Monsieur Yves Sillard, fondateur du GEPAN et actuel Président du Comité de Pilotage du GEIPAN avait pourtant annoncé la couleur. Les trois missions assignées au GEIPAN sont :
1) la collecte, la saisie et l’archivage des rapports afin d’entretenir et de gérer la base de données (activités CNES)
2) l’analyse de ces informations en faisant appel à des correspondants dans les domaines et disciplines concernés.(Une analyse ayant un objectif de classement et non pas de compréhension sur la nature ou l'origine)
3) la communication aux publics intéressés, la publication des rapports périodiques et la gestion de l’accès des archives.
La messe est dite, le GEIPAN n’a donc pas pour mission d’étudier la nature ni l’origine des manifestations mais de classer les affaires, de les rendre disponibles, de gérer la base de données et de faire de la communication. Le GEIPAN ne cherche pas à éclairer le sujet ovni et la vérité est ailleurs…l'actuel CEMOC, au-delà des regards en saurait-il davantage ?
Comité de rédaction de la F.E.A
* La CEMOC est aussi citée dans le NEXUS N°123 Page 92, 1ere colonne
** Affaire Golfech (Voir le droit de réponse du GEIPAN en bas de page)
Note de bas de page : rappelons que les auteurs de la lettre ouverte au Président de la République, datée du 16 avril 2008 attendent toujours une réponse concernant notamment la compétence du GEIPAN et les moyens intellectuels et financiers correspondants.
Le 30 janvier 2012, le GEIPAN a bien voulu nous faire parvenir une copie de la réponse données aux chercheurs qui ont interpelé le GEIPAN sur l'affaire Golfech et que nous considérons aussi comme un droit de réponse légitime.
Un lecteur nous faisait remarquer à raison ne pas avoir trouvé dans le journal officiel du 12 janvier 1955 ni la denomination CEMOC, ni la déclaration d'existence de la CEMOC. On remarque cependant à travers la question qui date du 7 octobre 1954, que
les USA et l'URSS ont ouvert une enquête sur la question ovni depuis de longues années et qu'il est parfaitement envisagé sans en préciser les raisons que les résultats d'une telle enquête ne puissent être publiés.
La réponse précise que les états majors des forces armées ainsi que les services d'information du département suivent ce sujet depuis 1951. Et jusqu'en septembre 1954, les observations considérées comme assez précises ou sincères ont pu recevoir une explication naturelle. La réponse ajoute que la prescription suivante aux formations et aux bases de l'armée de l'air a été donnée:
a) de faire établir par les témoins militaires ou civils, un compte rendu objectif et détaillé chaque fois qu’un « objet céleste non identifié » leur sera directement signalé.
b) de transmettre ce compte rendu revêtu de l’avis du commandant de base ou de la formation de l’état-major des forces armées « air » (bureau scientifique) où des officiers ont été spécialement désignés pour suivre la question.
=> L'autorisation de prise en chasse de ces engins est confirmée.
=> Le personnel des bases et des formations en présece de telles apparitions doit s'efforcer de la photographier et de la "cinematographier", précisant que jusqu'à présent de tels enregistrements sont insuffisamment nets ou ne possèdent pas les critères d'authenticité suffisants et quelque soit le statut des observateurs, leurs observations ne peuvent être considéres comme des observations scientifiques objectivement contrôlées.
Pour ceux qui ont du mal à lire:
J.O du 12 janvier 1955
Page 19 :
DEFENSE NATIONALE ET FORCES ARMEES
13688 – M. Jean Nocher fait part à M. le secrétaire d’Etat aux forces armées (air) de l’émotion suscitée dans le public par les nombreux et divers témoignages concernant les « soucoupes volantes ». Il lui demande : 1° si ses prédécesseurs au secrétariat à l’air s’étaient préoccupés, comme aux U.S.A. et en U.R.S.S. depuis de longues années, d’ouvrir une enquête sur la présence, dans notre atmosphère, d’ « objets volants non identifiés » et, dans l’affirmative, quels sont les résultats publiables de ces investigations ; 2° dans la négative, s’il compte constituer une commission largement étendue à toutes les branches scientifiques intéressées, afin d’étudier objectivement ce phénomène en dégageant la vérité des erreurs ou des mystifications possibles. (Question du 7 octobre 1954.)
Réponse. – 1° La question des « objets aériens non identifiés » a été suivie par l’état-major des forces armées « air » et par les services d’information du département depuis l’année 1951. Jusqu’en septembre dernier, dans notre pays comme aux Etats-Unis, presque toutes les observations signalées – lorsqu’elles étaient sincères et suffisamment précises – ont pu recevoir une explication naturelle ne faisant appel ni essais d’armes secrètes, ni à des arrivées d’engins extraterrestres. Toutefois, il a été prescrit aux formations et aux bases de l’armée de l’air : a) de faire établir par les témoins militaires ou civils, un compte rendu objectif et détaillé chaque fois qu’un « objet céleste non identifié » leur sera directement signalé ; b) de transmettre ce compte rendu revêtu de l’avis du commandant de base ou de la formation de l’état-major des forces armées « air » (bureau scientifique) où des officiers ont été spécialement désignés pour suivre la question. Enfin, la prise en chasse de ces « engins », bien qu’elle n’ait jusqu’à ce jour donné aucun résultat lorsqu’elle a été tentée est autorisée chaque fois qu’elle n’entraîne aucun risque d’accident. Le personnel des bases et formations qui se trouverait en présence d’une telle apparition doit s’efforcer de photographier et, autant que possible, cinematographier le phénomène, ce qui n’a pu être fait jusqu’à ce jour avec la netteté et l’authenticité désirables ; 2° En tout état de cause, il ne semble pas qu’il y ait lieu d’exagérer l’importance documentaire de témoignages dont le nombre et la bonne foi ne suffisent pas pour les assimiler à des observations scientifiques, objectivement contrôlées.



